Le service CAO-HUDA

Ah mince ! J’avais oublié, écrire pour la newsletter, c’est le tour du CAO-HUDA-CPH. Ma directrice m’a convaincu que c’était un exercice intéressant : « expliquer en quelques lignes aux personnes extérieures le travail que nous faisons » !
Le CAO -HUDA accueillent des migrants. Des migrants ? Des réfugiés ? des demandeurs d’asile ? c’est vrai qu’ils perçoivent de l’argent ? On m’a dit qu’ils touchent 2000 euros ! C’est vrai qu’à peine arrivés, ils ont les papiers ? C’est le genre de questions que nous entendons tous !
Demandeur d’Asile, c’est le statut des personnes pendant la procédure.
Le service du CAO (Centre d’Accueil et d’Orientation) et de l’HUDA (Hébergement d’urgence des demandeurs d’asile) est composé d’une équipe 5 salariés aux compétences variées et complémentaires (sans prétention) . Nous disposons de 60 places en CAO et 21 places en HUDA.
Les travailleurs sociaux sont chargés du suivi des procédures liées à la demande d’asile, au règlement de la situation administrative et de l’accompagnement social et médical.
Nous évaluons la situation administrative des personnes, accompagnons les personnes dans leur demande d’asile, orientons les personnes vers les structures de soins, l’apprentissage du français, l’accompagnement social et préparons la sortie. Les demandeurs d’asile sont hébergés en collectif dans différents appartements de la ville d’Agen et de l’Agglomération et ils perçoivent environ 204 euros par mois pour se nourrir, se vêtir notamment. A ce jour nous accueillons une vingtaine de nationalités et essentiellement des hommes isolés.

La procédure de demande d’asile

Les personnes ont tout abandonné, laissant derrière eux pour la majorité leur famille. Elle arrive en France pour demander l’asile. Qu’est ce que la demande d’asile ? Un petit schéma ?
Travailler au CAO, HUDA, ce sont des rencontres avec des personnes de pays différents, de continents différents et il nous appartient chaque jour de les accompagner dans ce système complexe de demande d’asile ou du règlement d’une situation administrative. Il nous appartient également de connaitre leur culture, leur histoire, de partager un « bout de chemin ensemble » et c’est toute la richesse du travail auprès des personnes migrantes.

Omar TAHRAOUI,
Éducateur CAO-HUDA

3 mois… 6 mois… 1 an … où plus… Attendre… attendre… attendre…

Et puis, un jour un avis de passage dans la boite aux lettres signale « LE RECOMMANDE « , celui qu’ils ont hâte à aller chercher sans encore savoir mais où tout va changer : Soit la réponse de la demande de protection est un rejet, elle peut venir de l’OFPRA et dans ce cas ils peuvent contester la décision et accéder à une nouvelle chance auprès de la CNDA. Si dans un second temps la réponse est un rejet de la demande de protection par la CNDA alors c’est terminé.
Dans cette situation, leur hébergement est prolongé jusqu’à un mois et ils doivent quitter le dispositif du CAO-HUDA. Ils peuvent faire une demande d’aide au retour volontaire mais peu le font.
Soit la demande de protection est accordée, par l’OFPRA ou la CNDA et là :

BIENVENUE EN FRANCE !

L’hébergement et l’accompagnement sont prolongés jusqu’à trois mois avec la possibilité de demander le renouvellement une fois avec l’accord de l’OFII.

Durant cette période, nous axons le travail vers le processus d’intégration.
Souvent, après une longue attente cette réponse est le déclencheur d’un apprentissage plus assidu de la langue française. Des bénévoles viennent donner des cours dans le service et les personnes accèdent aux cours donnés dans les différentes associations.
Pour tous, du temps reste encore nécessaire pour intégrer les différentes administrations françaises et leurs fonctionnements.
Très peu sont en capacité, du fait de leur compréhension de la langue d’accéder à un travail aussi rapidement ; cependant certains trouvent de petits travaux agricoles ou de petits contrats de manutention.
L’accès aux droits communs leur est possible, pour les plus de 25 ans nous ouvrons les droits au RSA suivit dans le cadre de l’intégration sociale. Ce revenu minimum leur permet d’accéder au logement. Nous travaillons en partenariat avec le Service d’Intermédiation Locative de l’association SOLINCITE.

Un grand nombre de ces personnes s’installent dans la ville d’Agen dans un premier temps afin de stabiliser leur situation administrative et d’accomplir les contenus de leur contrat d’insertion (formation linguistique, formation civique) mais ils n’y restent pas. Ils partent vivre dans les grandes villes espérant y trouver plus facilement du travail mais aussi des connaissances, leur communauté.
Pour les moins de 25 ans, c’est plus compliqué ! A ce jour il n’existe pas dans les droits communs des aides matérielles qui leur permettraient de pouvoir s’installer et survivre à minima afin de prendre le temps d’être prêt à accéder au travail. Nous faisons des demandes d’orientation pour ces jeunes soit vers les CPH (Centre Provisoire d’Hébergement); soit vers les CHRS (Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale) qui accueillent les personnes en grande difficulté.
Pour toutes les personnes de plus ou de moins de 25 ans qui n’obtiennent pas une orientation ou ne trouvent pas de solution d’hébergement avant la date butoir de sortie, alors il reste le 115 (hébergement d’urgence).

Bon voilà ! Tout cela semble bien simple mais, lorsque l’on vient des montagnes du Tibet, de l’ Afghanistan, du Soudan, de l’Éthiopie, de l’
l’Érythrée, de Somalie  ou des pays de l’Est , il n’est pas simple de s’inscrire dans notre démocratie, il est courageux de se re- construire avec de nouveaux codes culturels et  recommencer à vivre .

Claudine Bernard,
Éducatrice au CAO-HUDA


« L’employabilité ! »

Voici quelques mois que le CPH vient d’ouvrir ses portes. Parmi nos différentes missions liées à l’accompagnement des personnes que nous accueillons, l’insertion professionnelle représente un véritable enjeu. Au même titre que l’apprentissage de la langue, la compréhension du fonctionnement de notre société ou l’obtention d’un logement, c’est un incontournable pour tendre vers une « inclusion » réussie (insertion ou intégration selon les générations !).
Nous avons 9 mois pour « finaliser » leur parcours d’intégration, débuté depuis leur demande d’asile. En recherchant brièvement « la » dernière définition de l’employabilité (dernier mot à la mode) je suis tombé sur celle-ci : « c’est la capacité relative que possède chaque individu d’obtenir un emploi satisfaisant compte tenu de l’interaction entre ses caractéristiques propres et le marché de l’emploi »
Autant dire un véritable challenge pour le public que nous accueillons ou même qui que ce soit notamment dans le contexte actuel où les lexiques les plus utilisé usent d’inlassables formules : « chômage », « précarité », « vague de migrants », « montée des extrêmes », …
Mais après une longue expérience de 2 mois dans ce service (et oui déjà), l’espoir subsiste, notamment chez les utopistes. Lors de notre prospection de différents partenaires liés en l’emploi (agriculteur, restaurateur, agence d’intérim, organismes de formation, cadre d’entreprise agroalimentaire …) un discours prédomine : les personnes que nous accompagnons bénéficient de qualités reconnues.
Et oui, bien malheureusement leur parcours de vie n’a fait qu’accroitre leur détermination, forger leur volonté. Ils usent de stratégies de contournement, d’habileté et de courage pour venir se confronter aux difficultés relevant du grand écart (langue, culture, code sociaux…).
Nous sommes bien d’accord que ce constat est totalement subjectif et dénué d’expérience, qu’il sera nécessaire de développer tout un secteur de formation et de qualification afin que chacun puisse évoluer ou consolider son emploi. Mais au terme d’un parcours souvent brutal, violent, déracinant pour ces femmes et ses hommes le bout du tunnel pointe… De réels besoins sont déjà identifiés laissant entrevoir de vraies perspectives en termes « d’employabilité ».
Allons-y !


Mickael VIGUET-OLIVE,
Éducateur au CPH

Le CPH: Centre d’Accueil Provisoire

L’équipe du CPH, ce sont des travailleurs sociaux, une secrétaire, une directrice, un chef de service, un agent polyvalent et des bénévoles. Toute petite équipe pour travailler avec le monde entier! Et oui, parce que les personnes accueillies n’ont de commun que ce petit bout de papier, titre de séjour, qui leur octroie le droit de rester sur le territoire. Pour le reste, ce sont des hommes, des femmes et des enfants au parcours de vie, au projet, à la langue, unique. Leur seul point commun est ce fulgurant désir de vivre, bien que cabosses parfois par un parcours douloureux. Parce qu’une intégration réussie, nous le croyons, passe avant tout par un accueil chaleureux et de qualité, par le respect de ce qu’ils sont et de ce qu’ils veulent devenir.

Concrètement le CPH, c’est l’énergie d’une équipe tout neuve à favoriser en 9mois l’apprentissage du français, s’assurer de l’accès des usagers aux soins,au logement et de permettre une insertion professionnelle et sociale.
Nous les accueillons au CPH, mais eux nous accueillent dans leur vie, nous leur offrons un logement mais eux nous offrent l’espoir de pouvoir croire en la résilience, en la vie.
Depuis leur arrivée et souvent après un long et douloureux voyage, après plusieurs mois à travailler la procédure d’asile, le CPH est le premier endroit où on peut se poser, plus serein. Se poser oui, mais pas trop longtemps. 9mois, c’est court pour « s’intégrer ». Acquérir la langue, connaitre la culture et prendre ses repères. Mais 9 mois, c’est suffisant pour se sentir accueilli, respecté. Il n’est pas question de leur faire oublier leur histoire, leur culture. Mais bien de leur expliquer la notre. L’intégration, ce n’est pas l’oubli de nos racines. C’est la volonté de comprendre la culture et le fonctionnement du pays d’accueil. Et pour comprendre, il faut qu’on nous les transmette…

Aujourd’hui le CPH c’est 36 personnes, autant d’histoires, 16 nationalités et presque autant de langues, dialectes et coutumes.
Chacune de ces cultures a sa force, ses trésors.

Les premiers usagers à bénéficier de l’orientation au CPH ont été une rencontre inattendue.
Ces hommes, arrivés du bout du monde, à 7500 km du pays du rugby et des pruneaux, d’une région où les yourtes remplacent les maisons, ou les yacks paissent dans les près, ont joliment décoré leurs fenêtres de petits tissus colorés et n’aspirent qu’à la paix… et pourtant, c’est la répression qu’ils ont fuit, l’enfer induit par une dictature qui ne leur permet plus de vivre par delà leurs montagnes, ni de pouvoir librement pratiquer leur religion. Hommes respectueux, droits, n’ayant pour demande que celle de retrouver leurs familles et de vivre en paix, dans notre pays qui prône la liberté, l’égalité, la fraternité.
Aujourd’hui rédactrice de mon premier article journalistique sans prétention, c’est avec émotion que je veux leur dédier ces quelques lignes et évoquer ce drame qui touche ce petit coin du monde, inaccessible aux vrais journalistes, le Tibet.
Je nous souhaite encore d’autres belles rencontres…

Marie SAVIGNY,
Éducatrice au CPH


Et la Santé au CAO – HUDA ?

Shëndetësor, روغتیا, 건강, الصحة,

« Dans mon pays tu crèves….si t’as pas d’argent pour te soigner.
Qu’on me donne ici un papier pour me soigner…..ça m’a beaucoup touché »

Dès leur accueil, nous demandons aux personnes si elles ont des problèmes de santé. Oh que oui ! Mal au corps, mal à l’âme …
Dans le cadre de l’accompagnement Santé, nous orientons toutes les personnes vers le Bilan de Santé à Boé. A la suite de l’examen les résultats sont expliqués dans leur langue via de l’interprétariat afin qu’ils soient au courant des analyses faites et des suites à donner.
Une consultation avec la P.A.S.S Mobile (Permanence d’accès aux soins de santé) est programmée afin d’assurer les soins d’urgence dans l’attente, le plus souvent de l’ouverture des droits à la santé. Certaines personnes souffrent de maladies graves telles que le VIH, les Hépatites qui nécessitent une prise en charge et un suivi médical important.
Les troubles psychiques sont évalués par l’E.M.P.P (équipe mobile psychiatrie précarité) Les souffrances sont parfois importantes, et une orientation est réalisée vers le C.M.P (centre médico psychologique pour adulte Antonin Artaud).
Qu’il est difficile d’accéder aux soins ! Obtenir un RDV dans des délais raisonnables voire de ne pas obtenir de RDV car certains praticiens ne prennent pas de nouveaux patients, un challenge pour notre équipe !
Tout ce parcours, d’accompagnement à la santé nous permet d’établir une relation de confiance, de rapprochement de ces personnes complétement isolées et démunies. Le partenariat avec la P.A.S.S, l’ E.M.P.P, le centre de santé, les CMS permet aux personnes d’accéder à un doit fondamental, celui du soin. Ces différends partenaires garantissent ce droit.

Géraldine MASSONNE,
Éducatrice CAO-HUDA