Assises de la protection de l’enfance

Les 28 et le 29 juin 2018, quelques salariés de la sauvegarde ont pu participer aux 11ème assisses de la protection de l’enfance qui ont eu lieu à Nantes. Le thème de ces deux journées était : « Dans la famille je protège l’enfant, je voudrais tous ceux qui répondent à ses enfants »

Plusieurs  articles évoquent ces rencontres, vous trouverez les liens ci-dessous.

https://dubasque.org/2018/07/02/assises-de-la-protection-de-lenfance-bilan-en-demi-teinte-malgre-de-belles-rencontres/

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/nantes-protection-de-l-enfance-tension-et-innovation-5852403

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/loire-atlantique-la-protection-de-l-enfance-sous-haute-tension-5832086

https://www.sosve.org/actualites/11eme-edition-assises-nationales-de-protection-de-lenfance-a-nantes/.

Nous avons pu à l’occasion de ces échanges découvrir des exemples de nouvelles pratiques innovantes en lien avec les différentes reformes de la protection de l’enfance de ces dernières années.

Vous trouverez  ci-dessous deux articles. Le premier pose le contexte dans lequel le travail social a évolué. Dans le second vous trouverez un article sur une nouvelle technique d’intervention venue du Québec et qui se développe de plus en plus en France : « l’approche médiation ». Cette approche permet  d’inclure les familles dans le travail d’accompagnement en utilisant des techniques de médiation familiale adaptées aux missions de protection de l’enfance. Enfin vous pourrez lire quelques lignes sur les pratiques de certains services favorisants la participation des bénéficiaires.

Soutien à la parentalité : construire des nouvelles alliances qui peuvent changer la donne.

Dans les années 80, il y a eu un changement dans le rapport avec les familles en lien avec des études (cf. Myriam DAVID le mal du placement) et les éléments économiques. De ce fait les pratiques sont passées de la substitution à la suppléance, il est désormais important de regarder où sont les potentiels des familles.

Depuis la loi de 2002, la prise en compte des droits des usagers n’a cessé d’être réaffirmée dans les textes législatifs, et de devenir une réalité incontournable pour tous les acteurs du champ social, sanitaire et familial. La philosophie de ces textes de référence est de restituer aux usagers leurs droits fondamentaux à être écoutés, entendus, pris en compte dans leur attentes et leurs besoins, d’être respectés dans leurs choix ou leurs refus. Dès lors il s’agit pour les intervenants de les impliquer activement, construire des projets avec eux puis mettre en place des actions concertées. Cela nécessite pour tous les professionnels de l’accompagnement des changements dans leur manière d’être, d’agir, de dire et de questionner leur posture professionnelle.

Si nous envisageons un placement pour protéger l’enfant de sa famille, celle-ci ne peut pas être un partenaire.

Ce changement de cap a pu être légiféré à travers les lois de 2002 ; loi 2005 sur le handicap ; loi 2007 et 2016 pour le secteur de la protection de l’enfance.

« Ce que tu fais sans moi et pour moi est contre moi » Gandhi

Au niveau sémantique, la dénomination a également changé bénéficiaires ->  usagers -> personnes accueillies.

On distingue plusieurs niveaux dans la participation :

– informer : indique à la personne ce  qu’on va faire pour elle.

– consulter : on lui demande son avis

– co-construction : la personne peut faire des propositions pour sa situation

La loi de 2016 demande à ce que tous les Conseil Départementaux mettent en place le Projet Personnalisé de l’enfant. Or ce PPE n’est pas encore mis en place et peine à l’être car il n’y a pas de  « mode d’emploi ». De plus la demande de participation des usagers peine à se mettre en place. Peu d’institutions associent les familles aux synthèses. Les usagers eux-mêmes peuvent dirent « ça sert à rien » « je me sens manipulé ».

Dans notre pratique il est important de ne pas partir du « toxique » mais plutôt des compétences. Ces compétences peuvent être activées par plusieurs leviers :

– le lien d’attachement parents/enfants

– le lien Transgénérationnel (expérience d’avoir été enfant)

– le contexte relationnel (famille élargie, soutien extérieur)

Ex : au lieu de pointer les carences des parents et leurs dysfonctionnements il s’agit plutôt de les questionner sur « quel besoin à votre enfant ? », « pensez-vous qu’aujourd’hui vous êtes en mesure de répondre à ce besoin ? » « Comment pourriez-vous faire pour répondre mieux à ce besoin ? »

Il est important d’évaluer avec le parent où ils en sont et vers quoi nous pouvons les aider.

De cette manière le parent se raconte et de ce fait accède à une responsabilité. (cf. Identité Narrative de Paul. Ricoeur)

La question de l’aide contrainte doit être abordée et travaillée dès le départ et avant toute autre intervention éducative. Tant que les parents n’ont pas compris la raison de l’intervention (ou du placement) les aides proposées ne seront pas effectives.

Technique d’intervention : l’Approche médiation.

source: https://sites.google.com/site/michelesavourey/

L’intervention Québécoise basée sur les technique de médiation, ou l’on part sur un postulat positif, ou l’on considère que toute personne a des bonnes raisons d’agir, de réagir et a un sens pour la personne et doit être pris en compte pour trouver des solutions. Cette pratique donne lieu à de l’écoute empathique.
Cette approche propose trois grands changements :

– de regard : considère la personne plus que le problème

– de posture faire pour > faire avec

– de pratique  avec une méthodologie différente.

L’évaluation se fait avec le parent : le point de départ est l’état de l’enfant. Le parent et l’intervenant repèrent ensemble les besoins insuffisants et insatisfaits qui menacent la sécurité de l’enfant. La démarche nécessite de faire la différence entre un besoin et une demande et avancer par petits objectifs. Cette démarche est essentiellement participative. Exemple d’intervention axée sur l’approche médiation avec des parents séparés en conflit et ayant des répercussions sur leurs enfants : « seriez-vous d’accord pour réfléchir ensemble, quel que soit le degré de votre conflit, pour trouver des solutions pour protéger votre enfant de votre conflit ?

L’approche médiation « renforce l’implication des personnes concernées dans la résolution de leurs difficultés. Elle offre aux acteurs sociaux, mandatés ou non, une méthodologie rigoureuse, inspirée de la médiation familiale, incluant une prise en compte de chacun dans un esprit de collaboration. Elle leur propose des moyens concrets pour accroître leur capacité de gestion et de dépassement des conflits. Elle augmente leur sentiment d’efficience professionnelle. Elle ouvre pour tous de nouveaux possibles ».

Cette pratique permet notamment de transformer une situation de contrainte de travail, en collaboration. Elle assure un mandat de protection et intervient là où en sont les familles.

Le processus peut se résumer en cinq étapes : source cairn.info

En protection de l’enfance, comme habituellement, il appartient à l’intervenant de fixer en premier lieu, s’il est en début d’intervention, le motif et les objectifs de sa mission de la façon la plus concrète possible.

Ensuite, il écoute les intéressés afin que leur propre parole soit réellement prise en compte : leur évaluation de la situation, leurs tentatives antérieures, leurs attentes éventuelles (ils peuvent ne pas en avoir puisqu’il s’agit d’intervention sous contrainte).

  1. La première étape c’est l’accueil. L’accueil du désordre, car lorsqu’il y a conflit tout est mélangé : notre vision de ce qui pose problème et de tout ce qui s’y rattache, ce qu’on veut, ce qu’on ne veut pas, la faute à qui, tout ce qui ne va pas, les émotions, ce qu’on a déjà tenté…

À la fin de cette étape le médiateur doit être capable de proposer une reformulation globale de la situation-problème qui recueille l’assentiment de tous. Elle doit inclure les perceptions et les opinions de chacun sans jugement et être la plus concise possible.

Ce premier pas permet d’apaiser les tensions car chacun s’est senti écouté, entendu et repris dans la formulation finale qui devient une formulation commune à tous. L’escalade habituelle en situation de conflits, de tensions est stoppée. Rien n’est solutionné, mais ensemble nous sommes prêts à partir dans une autre direction…

À l’issue de cette étape, il est possible de synthétiser pour qui la situation est problématique (services sociaux et/ou famille ?) En quoi ? En utilisant des termes accessibles et des critères objectivables et présenter aux intéressés l’ensemble de la démarche.

  1. La deuxième étape c’est le décodage des besoins. Elle est fondamentale pour le processus.

L’objectif de cette deuxième étape sera de clarifier pour chacun les besoins profonds en jeu dans le litige. Nos « vrais » besoins se cachent sous nos émotions, nos perceptions, nos opinions, nos récriminations, nos agressions. Le besoin est différent du désir, de la demande ou même d’un intérêt. Il renvoie au nécessaire, à l’indispensable pour vivre et se sentir en vie. Il renvoie davantage à « l’être » qu’à « l’avoir ». Ces besoins fondamentaux sont notamment décrits par la pyramide de Maslow

L’intervenant va donc aider chacun à clarifier ses propres besoins en utilisant l’écoute active, la reformulation. Les besoins des personnes sont validés par les intéressés eux-mêmes. Ils ne sont ni induits, ni le résultat d’interprétations. Le postulat de départ est  que nous avons tous la capacité de nommer nos besoins, même en situation difficile, si nous recevons un accompagnement approprié. Il n’y a pas nécessité que chacun comprenne les besoins des autres, juste les entendre et les prendre en compte.

À l’issue de cette phase, les revendications de droits, les plaintes, les demandes, les peurs, les rapports de force, de menaces, sont transformés en besoins différenciés. Il a fallu les décoder, les nommer, les faire valider par les intéressés, les prioriser lorsqu’il y en a beaucoup, les faire entendre par les autres protagonistes du conflit.

En protection de l’enfance, l’acteur social à ce stade garde son rôle d’expertise. Il doit avant tout, qu’il soit travailleur social ou psychologue, avec ses moyens habituels (entretien avec le jeune, bilan psychologique, travail en réseau…) observer, évaluer les difficultés, les risques, les facteurs de danger pour l’enfant, mais en les nommant ensuite aux intéressés comme des besoins insatisfaits. Exemples : besoin d’arriver à l’heure à l’école pour se sentir comme les autres ou besoin de ne plus être exposé à des situations violentes entre adultes ou besoin d’avoir le droit d’aimer et garder des liens avec ses deux parents. Il n’y associe ni jugement, ni causalité éventuelle, ni amorce de solution !

Ensuite, après avoir nommé en termes de besoins à satisfaire le problème qui justifie son intervention, il va donner la parole aux adultes concernés. En les écoutant, en reformulant, sans interprétation, au plus juste de leur expression, le professionnel va les aider à décoder et valider leurs propres besoins qui peuvent être de tous ordres et bien différents des représentations, des « diagnostics » habituels des travailleurs sociaux.

  1. La troisième étape: les options. L’intervenant à cette étape va ouvrir des possibles, en proposant un espace de créativité, où chacun, (y compris le médiateur) sera invité à suggérer des options. Du coup, la « solution» initiale de l’un ou l’autre devient une option possible, qui sera examinée au milieu du reste. Et les options du professionnel ne sont pas « meilleures » que celles des intéressés.

C’est de façon active que le professionnel utilisant « l’approche-médiation » va impliquer les personnes concernées à chercher avec lui des options, des propositions visant à répondre à l’ensemble des besoins repérés à l’étape précédente. Ceux de l’enfant bien sûr, mais également les leurs.

  1. Quatrième étape: Discussion et choix des accords. Là, les intéressés en service indépendant vont discuter, échanger sur les options possibles, rejetant celles qui ne conviennent pas à l’un ou l’autre et gardant celles qui leur semblent acceptables ou à discuter. Ici, le médiateur se retire de l’échange, il reste « neutre» quant à la nature des échanges, régulant seulement la communication.

Il y a lieu parfois de vérifier avec les intéressés comment chaque option satisfait à la fois les besoins des uns et des autres et de rejeter ainsi celles qui ne rempliraient pas ce « contrat ».

Très souvent, lorsqu’aucune option ne retient l’assentiment général, il y a lieu de revenir à l’étape précédente car cela montre qu’il y a d’autres besoins cachés ou mal identifiés jusque-là. Ensuite nous développons à nouveau d’autres options incluant les nouveaux besoins repérés.

À cette étape l’intervenant va « partager » son pouvoir de discernement, de proposition, voire de décision avec les intéressés, en cherchant avec eux les moyens et solutions les plus adaptés parmi les options, pour eux et leurs enfants. Les choix doivent se dégager d’un consensus et non d’une adhésion plus ou moins « forcée » à la vision du professionnel.

  1. Cinquième étape: Modalités de l’entente. Il appartient là aussi aux intéressés de définir le type d’entente qu’ils souhaitent. Selon les personnes et les situations, les accords peuvent être verbaux ou écrits, rédigés à l’attention d’un magistrat pour officialisation ou sous forme d’engagement moral qui reste alors du domaine privé.

Ce moment est celui de l’engagement en cohérence avec l’ensemble de la démarche. Il permet de concrétiser les ententes choisies. C’est également le moment de l’articulation de la sphère privée et de la sphère publique puisque ce document sera la seule trace du chemin parcouru et pourra être utilisé auprès de tiers : magistrat bien sûr, mais aussi avocats, travailleurs sociaux ou autres.

En protection de l’enfance la démarche se finalisera selon les circonstances de façon très différente. Il peut s’agir d’un contrat dans une famille recomposée par exemple, signé par tous, des propositions communes de parents séparés reprises dans un document également signé… ou un accord verbal qui ne justifie pas de trace écrite.

Ici ont été évoqués plusieurs exemples: maltraitance psychologique, négligence, trouble du comportement d’un adolescent, parents séparés, famille recomposée… afin de montrer comment « l’approche-médiation » s’adapte aux diverses situations familiales ainsi qu’aux différentes problématiques rencontrées en Protection de l’enfance administrative ou judiciaire.

À noter que cette approche est également efficiente pour le travail d’investigation et le travail en réseau avec les différents partenaires.

Les limites de cette intervention se situent  avec des personnes qui sont sous emprise car elles ne seront pas en mesure de parler en leur nom propre, les personnes souffrant de maladies mentales importantes (paranoïa, schizophrénie par exemple) ou des personnes montrant un fort désintérêt pour leurs enfants.

Des ouvrages abordent cette nouvelle approche :

 « Recréer les liens familiaux  médiation familiale et soutien à la parentalité» écrit par Michele Savourey Edition chronique sociale.

« Famille et pratiques sociales : l’approche médiation : posture et initiative » écrit par Joelle Piovesan et Michel K. Laflamme Edition chronique sociale

« Protection de l’enfance et de la jeunesse. Comment accompagner la famille autrement » écrit par Pierrette Buisson et Michel Savourey.

Exemple d’expérience favorisant la participation des bénéficiaires :

♦ Expérience à MIGENNES (Bourgogne) dans un service éducatif de PAED/ appartement extérieur et habitat collectif. (A l’origine ce centre était un centre maternel).

Il accueille un public varié (mineurs couple femme ou homme seuls) souffrant de différentes problématiques (toxicomanie, handicap psychique ; précarité…). Dans le cadre des PEAD et pour répondre au manque d’assistantes familiales l’association fait appel à des assistantes maternelles (pour l’accueil en journée) en utilisant le droit PAJE des parents (donc c’est eux qui financent la garde de leur enfant). Cette organisation permet à la famille et à l’enfant d’être secondée.
Dans cet établissement les familles participent aux synthèses. L’équipe pluridisciplinaire (TISF ; ME ; ES ; Psy, IDE ; AS ; auxiliaire puéricultrice) a construit plusieurs outils car l’abstraction est difficile pour le public accueilli. Par exemple, des échanges sont faits pour repérer les dangers domestiques dans une maison (dans la maison de l’usager), parler de l’alimentation de l’hygiène et du sommeil et échanger les expériences entre les parents.  Les familles ont accès au questionnaire d’évaluation, cela leur permet d’être rassurés sur les critères que les professionnels observent. La durée des mesures est de 6 mois (18 mois avant). La séparation  est travaillée avant d’être acté ce qui diminue la violence du placement.

♦ En 2000, une expérience nouvelle est créé : Université populaire des parents.

Il en existe 33 en France sur des thématiques différente selon la région.Les parents d’enfant en situation de vulnérabilité apportent leur pierre à la réflexion des pratiques. Les parents ont la possibilité de participer aux rapports de fin de mesure envoyée au prescripteur en plus du rapport d’évaluation envoyé par le professionnel.

 

Erika Boiziot – ADJ le PATIO