Service civique Sauvegarde : zoom sur Marie, Javier et Yabouline.

De retour ce mois-ci pour vous en apprendre un peu plus sur trois autres services civiques de l’association, tous autant plus intéressant les uns que les autres et vivant pour certains leur première expérience de mobilité internationale.

Bleu Blanc Rouge !

Marie, 21 ans de nationalité française, s’est engagée à la Croix Rouge où elle est chargée de mission action sociale auprès de la délégation territoriale du Lot et Garonne. Elle a effectué pendant six mois un Service Volontaire Européen (SVE) auprès d’enfants dans les écoles et les hôpitaux en Roumanie, après quoi elle est revenue en France passer son DAEU A. Dotée de beaucoup de persévérance et déjà habituée à la notion de volontariat elle s’engage à nouveau mais cette fois ci pour une mission de service civique à Sauvegarde. Elle est mise à disposition par le DAMMIE dans le Centre de Formation des Apprentis ‘’ CFA BTP’’ où elle soutient la scolarité des mineurs et des majeurs non accompagnés. Après son service civique, Marie voudrait suivre une formation qui lui permettrait de devenir conseillère en insertion professionnelle.

De 4000 à 9000 kilomètres plus loin

Le pôle santé et insertion accueille Yabouline, 24 ans. Originaire du Togo, Yabouline a fait un  stage à Agronome et Vétérinaire Sans Frontière (AVSF) juste avant de s’envoler pour le Ghana à l’ouest de son pays natal, à l’Institut Hope-Life d’Accra, où elle fera une formation en langue anglaise et enseignera aux enfants la langue française. Forte de ses compétences en matière d’animation de groupe et conduite de réunions/formations, elle postule pour une mission de service civique à Sauvegarde. C’est donc au Centre Provisoire d’Hébergement (CPH), Centre d’Accueil et d’Orientation (CAO) et Hébergement d’Urgence des Demandeurs d’Asile (HUDA) qu’elle apporte son aide à l’apprentissage de la langue française et favorise l’ouverture sur l’extérieur pour les adultes demandeurs d’asile et les bénéficiaires d’une protection internationale.

C’est parce qu’il éprouve une satisfaction en aidant ses semblables, autre que celle d’un sentiment de redevance ou de gratitude que Javier s’est engagé en tant que bénévole au centre Monseigneur Leonidas  Proagño de son pays d’origine. Il intervenait lors des formations des jeunes leaders et lors des actions sociales et pastorales. Il exerce actuellement sa mission de service civique à la Maison Relais de Nérac où il accompagne des personnes en situation de précarité par une activité de jardin solidaire. Javier à 24 ans et il est équatorien.

Vous pouvez apprendre plus sur les volontaires et leurs référents dans les services en vous abonnant au compte Facebook « Sauvegarde Volontaires ».

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L’enfant (du) numérique: Grandir devant les écrans

L’avènement au XXème  des nouvelles technologies de l’information et de la communication avec l’informatique, l’audiovisuel, le multimédia et internet a multiplié les formes d’expression et de transmission de l’image, du texte, de la musique, de la vidéo, des jeux. Au XXème siècle, l’explosion de l’interactivité et de l’instantanéité avec Internet et ses dérivés s’est accompagnée d’une production expansionniste d’outils numériques, mobiles, portables, miniaturisés et accessibles à tous y compris aux plus jeunes enfants : ordinateur, console, téléphone portable, smartphone, tablette tactile…

Dans nos sociétés post-modernes, cette offre démultipliée d’accès au virtuel se traduit par une omniprésence dans l’environnement familial et social  des écrans ce qui conduit les adultes, parents, professionnels ou politiques à s’interroger sur les usages de la réalité virtuelle  observés chez les enfants et les adolescents et sur  le pouvoir attractif voire addictogène des écrans pour tous.

Dans le cadre du Centre de Guidance Infantile, l’équipe a été amenée  dans les rencontres avec les enfants et les parents à se questionner sur le rôle de la surexposition aux écrans des enfants  devant l’apparition de certains troubles du comportement, des conduites ou la survenue de problèmes somatiques.

L’enfant (du) numérique

Le 10 octobre 2017, le Centre de guidance Infantile a organisé une conférence à Agen  sur le thème « l’enfant (du) numérique : grandir devant les écrans »  où de nombreux partenaires se sont retrouvés. Sabine Duflo, psychologue clinicienne familiale exerçant dans un CMP en Seine-St-Denis, a articulé son exposé en deux parties  en commençant par évoquer l’impact des écrans sur le développement des enfants puis en poursuivant sur le thème des adolescents et les écrans, de l’emprise à la maîtrise.

Sabine Duflo a présenté son approche clinique et théorique du sujet ainsi que des propositions pour aborder avec les entretiens avec les familles  les effets sur les enfants de la surexposition aux écrans et les modifications à trouver dans le milieu familial pour en limiter les risques en développant le rôle de pare-excitation des adultes. La matinée précédant la conférence avait été consacrée à une rencontre de l’équipe du CGI avec Sabine Duflo pour croiser les expériences et les observations des participants avec les apports de la recherche clinique et scientifique.

Au sein du Collectif Surexposition Écrans (COSE), des professionnels de la Santé et de la petite enfance dont S. Duflo  cherchent à alerter les responsables politiques ainsi que l’opinion publique sur ce sujet majeur. Pour cela, ils compilent et diffusent les résultats des études sur la question et proposent des supports de prévention (4 pas).

Conséquences sur le développement psycho-affectif

Dès le plus jeune âge, l’apparition de symptômes apparaît corrélée à un temps d’exposition aux écrans important et non adapté, durée pouvant parfois couvrir tout le temps d’éveil d’un enfant. Les recommandations des professionnels médicaux et paramédicaux concernent en particulier le petit enfant et indiquent une absence d’écrans avant 2 ans et une durée limite d’exposition aux écrans d’une 1 heure entre 2 et 5 ans dans la mesure où un parent est auprès de l’enfant et que le contenu visionné est adapté à son âge et/ou éducatif.

La Fondation de France a lancé une campagne de sensibilisation des adultes aux usages du numérique pour les enfants de moins de 3 ans, “Digital-baby, grandir dans la vraie vie” qui apporte des repères aux jeunes parents sur les étapes du développement de l’enfant. En effet pour les très jeunes enfants, le risque est grand de voir se réduire les relations avec les adultes et les pairs. Dans la revue Enfance & Psy N° octobre 2018, des pédopsychiatres dont le Pr Daniel Marcelli et une pédiatre ont publié un plaidoyer pour un nouveau syndrome “exposition précoce et excessive aux écrans” (EPEE). Avant 2 ans, tous les écrans sont à éviter en compagnie de l’enfant à l’exception de la conversation vidéo. Le tout petit enfant est passif devant la TV, la tablette, le smartphone et ne se trouve pas dans un processus dynamique de découverte de son environnement. Pour l’enfant, le jeu d’imagination avec des jouets, les activités physiques et les expériences dans des situations sociales lui permettent de grandir en développant ses compétences langagières et cognitives, en se découvrant et en explorant le monde seul ou avec l’autre.

Ainsi, il apprend à surmonter la difficulté face à la nouveauté, aux apprentissages, au savoir en s’appuyant sur les interactions  avec ses partenaires enfants ou adultes, en famille, dans les lieux d’accueil puis à l’école. L’enfant face à un parent absorbé par son écran est confronté à une personne qui ne lui manifeste pas d’expression appropriée et qui se révèle peu disponible sur le plan psychique. Le lien parent-enfant peut être alors menacé car pour grandir le petit enfant a besoin de rencontrer le regard du parent qui s’occupe de lui et de s’appuyer sur le regard de l’adulte qui ne se détourne pas de l’interaction en cours mais qui s’adresse à lui. Lorsqu’il est soutenu par le parent, l’enfant va entrer dans le registre de la communication et comprendre les enjeux relationnels bien avant de développer son langage oral.

Les motifs de consultation en lien avec la surexposition des enfants aux écrans sont le plus souvent des troubles attentionnels, une hyperactivité, des perturbations du raisonnement logique, des problèmes en lien avec la construction de la permanence de l’objet, de la relation, des retards dans le développement du langage et de la communication ainsi que des troubles des conduites alimentaires ou du sommeil, de la vision. Pour les enfants d’âge scolaire, les retards de langage, l’impulsivité, l’anxiété,  des difficultés sur le plan psychomoteur en particulier en graphomotricité sont retrouvés en lien avec une utilisation des écrans  limitant la capacité à jouer,  la curiosité intellectuelle et l’activité physique.

Si à l’adolescence, les écrans permettent un passage vers la sublimation, un développement de la créativité voire de liens avec des pairs pour certains jeunes, pour d’autres la survenue de symptômes  révèle une évolution préoccupante : le retrait relationnel devant les écrans, une utilisation abusive ou transgressive des outils numériques, le cyberharcèlement (en position d’harceleur ou de victime) peuvent  traduire des failles narcissiques, une dépression, un risque de décrochage scolaire,  ou une pathologie psychiatrique débutante.

Des actions de sensibilisation et de prévention

Les parents n’ayant pas été encore sensibilisés à la question de la surexposition aux écrans des enfants, peuvent être séduits par l’accès à des outils qu’ils perçoivent comme novateurs, indispensables  à l’éducation et l’adaptation au monde post-moderne de leur enfant, des objets susceptibles de pallier leur absence, leur indisponibilité ou un défaut de connaissances ou de compétences  qu’ils s’attribuent en lien avec des  représentations  sociales des nouvelles technologies du numérique, véhiculées par la publicité ou les médias d’information voire des institutions comme l’école. Le message à donner aux parents est que le temps que les enfants, les adolescents passe devant les écrans est du temps volé au temps nécessaire à leur ouverture  au monde qui les entoure et à la construction de la relation avec les autres.

Pour les enfants et les adolescents, des limites dans l’accès aux écrans sont à établir en famille en fonction de l’âge et de la maturité du jeune, de l’influence de leur utilisation sur sa vie relationnelle. Il est important d’informer les parents et  les jeunes des risques liés à la surexposition aux écrans sur la santé physique et psychique et sur les dangers auxquels certains usages du numérique les confrontent comme le cyberharcèlement ou les infox ,fake news en anglais,  diffusées en particulier à partir de réseaux sociaux gravitant autour des jeux vidéo.

Dans la suite de la  journée d’étude et la conférence organisée sur le thème de l’enfant (du) numérique en octobre 2017,  l’association Sauvegarde – par l’intermédiaire du service Ressources et Développement – est entrée en lien avec la troupe du chorégraphe Azerou Messaoud puis grâce au partenariat que notre association a établi avec le Théâtre d’Agen et  la Ville d’Agen  leur spectacle Sans le savoir a été programmé au théâtre.

Le 9 novembre 2018,  nous avons découvert au théâtre le spectacle  de danse, hip-hop,  slam et théâtre  de la compagnie Art’monie, Sans le savoir dont le sous-titre était « les écrans dans nos vies et si on en parlait ». La parole a été donnée au public après les deux représentations de la compagnie. Les échanges étaient animés par les membres de la compagnie Art’Monie et des professionnels de la  Sauvegarde. Lors de la matinée théâtrale,  les élèves de primaire, les collégiens et les lycéens ont montré leur enthousiasme par rapport au spectacle et leur intérêt pour le sujet ainsi que pour le travail  des acteurs, du chorégraphe et du slameur.

 

 

 

 

 

 

 

En soirée, le public de jeunes et d’adultes, parents et /ou professionnels a participé au débat sur  la place des  outils numériques dans les relations sociales, familiales  et sur les risques liés à leur utilisation abusive ou transgressive. L’équipe du CGI a entrepris depuis plusieurs années un travail de réflexion, de formation et de prévention afin de développer des moyens de sensibilisation sur  la  place du numérique dans notre société, son apport, son impact et les risques que peuvent comporter une utilisation excessive ou précoce des écrans.

Dans la salle d’attente du CGI, les familles trouvent des affiches et des supports présentant les 4 pas pour mieux grandir : pas le matin, pas durant les repas, pas avant de s’endormir et pas dans la chambre. Les modalités d’accès de l’enfant aux écrans sont abordées durant les entretiens avec les parents parfois dès   la phase d’accueil et ensuite au cours du suivi avec l’enfant ou dans les rencontres parents-enfant.

Lorsque des difficultés relationnelles  de l’enfant sont observées, la durée d’exposition des enfants aux écrans est régulièrement un objet de réflexion sur le fonctionnement familial et l’ouverture de l’enfant vers  des activités de jeu en famille ou dans d’autres lieux culturels ou sportifs.

Des actions sont à poursuivre et d’autres à construire afin de mobiliser au sein du service, de l’association et avec de nouveaux partenaires des sources et des supports d’information à l’intention des parents et des professionnels sur les risques liés à la surexposition aux écrans et des moyens de prévention à l’adresse des parents, des enfants ou adolescents pour partager une culture numérique qui s’accorde avec le temps de l’enfance et de l’adolescence.

 

sabineduflo.fr ” Mon enfant face aux écrans : 4 pas pour mieux grandir”.
Antoine Leblanc, Editorial Le bébé, la télé, la tablette et le smartphone. Enfances & Psy 2017/4 (n°74) pages 6 à 10.
Daniel Marcelli, Marie-Claude Boissière et Anne-Lise Ducanda, Plaidoyer pour un nouveau syndrome “exposition précoce et excessive aux écrans” (EPEE), Enfances &Psy 2018/3 (n°79) pages 142 à 160.

 

 

Dr Ginette ELHARRAR, Clémence HEISSAT et Pia LANDRIN

 

 

Ma famille, c’est moi !

L’équipe du centre de guidance infantile a le souci d’accueillir l’enfant et sa famille, qu’il s’agisse de ses parents, de sa fratrie, de sa famille d’accueil…

Une collaboration entre l’équipe et la famille est nécessaire à la mise en route du projet thérapeutique de l’enfant, à sa poursuite et à son évolution. Nous travaillons avec le monde interne de l’enfant mais aussi avec son entourage et avec les évènements de sa réalité quotidienne.

Dès l’accueil un lien est engagé avec la famille en prenant en compte la singularité de son histoire, de son parcours de vie et des difficultés rencontrées avec leur enfant. Cette collaboration se poursuit tout au long de la prise en charge. Après la consultation et l’élaboration du projet, les rencontres avec la famille se déclinent selon plusieurs modalités.

Systématiquement, des entretiens avec les parents ponctuent la prise en charge proposée à leur enfant. Des entretiens de suivis de projet sont assurés par le pédopsychiatre pour prendre en compte les demandes de la famille et ses attentes, pour aborder la situation actuelle de l’enfant et réajuster le projet si nécessaire.

Par ailleurs, chaque thérapeute intervenant auprès de l’enfant propose des entretiens réguliers avec la famille afin de faire un point sur la prise en charge et de leur permettre de s’impliquer. Ces rendez-vous nous paraissent importants pour ajuster nos interventions en prenant en compte l’évolution de l’enfant au sein de ses différents milieux de vie.

Plus spécifiquement, nous pouvons proposer dans le projet de soin :

  • Les entretiens de guidance parentale

Ce travail, en l’absence de l’enfant, vise à accompagner les parents à réfléchir sur leurs rôles et positions parentales pour favoriser le mieux-être de l’enfant. L’histoire et la dynamique familiales peuvent y être abordées afin que la place de l’enfant soit mieux repérée.

  • Les entretiens parent(s)-enfant

Ils sont menés par le pédopsychiatre ou les psychologues et permettent d’observer et de s’appuyer sur les interactions parent(s)-enfant pour ajuster et valoriser ce qui se véhicule dans les relations intrafamiliales.

  • Les entretiens familiaux

Ils sont conduis par deux thérapeutes qui reçoivent l’enfant, les parents et la fratrie.

Lieu de parole et d’échange, ils aident à la reconnaissance de la place de chacun en se décalant des manifestations symptomatiques d’un enfant. Ainsi, ce travail accompagne l’élaboration de la problématique et les solutions construites par le groupe familial. Cela permet de mobiliser les ressources individuelles et collectives de la famille.

  • Le groupe parents

Animé par deux thérapeutes, il est pensé comme un lieu d’échange et de soutien entre parents.

Le projet de ce groupe est d’accueillir les personnes dans leur parentalité singulière en leur redonnant une place d’acteur.  Il s’agit, à travers cet espace qui favorise les échanges, les relations symétriques et le lien social, de laisser émerger l’auto solution et de renforcer les compétences familiales.

  • Accueil tout petit

 

 

 

 

 

 

 

 

Trois binômes de co-thérapeutes accueillent une famille au sein du centre de guidance infantile. Le dispositif d’Accueil Tout Petit a été créé au centre de guidance pour proposer d’accompagner les parents avec l’enfant et de faciliter la délicate transition pour un homme et une femme de devenir père et mère. Cette naissance est riche de changements mais elle peut également modifier, perturber et parfois être une menace dans l’équilibre psychique des parents. Le bébé peut réactiver des conflits, des pertes, des angoisses archaïques dans le psychisme des parents. Chacun fait l’expérience d’une réactualisation de sa propre enfance, de son propre lien avec ses parents, de sa place dans sa famille et de son inscription dans son histoire.

Dans un petit salon coloré et chaleureux nous invitons parents et enfants à se retrouver autour de coussins, jouets, livres… Cela permet d’offrir à l’enfant et à ses parents un cadre contenant, un espace, un temps pour se poser, échanger et jouer. Le tout petit met en œuvre différentes manifestations pour échanger qu’il est précieux d’accueillir, d’interpréter et de décoder. Les deux thérapeutes par leur présence permettent que la parole circule, facilitent le travail psychique des parents.

Cet espace est parfois l’occasion de repérer un enfant en souffrance ou une difficulté particulière du tout petit dans son mode de relation, d’échange avec l’autre. Il est alors important que ce travail amorcé puisse se poursuivre dans un autre lieu différencié pour l’enfant et les parents, selon le projet pensé après plusieurs rencontres.

Pour nous, thérapeutes au centre de guidance infantile, il semble donc inconcevable de penser l’accompagnement thérapeutique avec l’enfant sans y intégrer son histoire, son vécu et donc sa famille. Ce travail avec le/les parent(s) va s’articuler aux soins proposés à l’enfant durant son parcours pour accompagner et soutenir la famille dans sa réflexion. Grace à cela, la famille retrouve un rôle actif, les parents sont revalorisés par la découverte de leurs capacités d’aide pour leur enfant. Les différentes modalités de travail présentées ci-dessus visent à renforcer et valoriser les compétences parentales, à soutenir la parentalité. Ce travail avec les familles s’oriente vers la construction d’une alliance thérapeutique.

Cela correspond pour nous à la capacité du thérapeute et de la famille à travailler ensemble dans une relation de collaboration basée sur la confiance et sur un engagement durable dans le travail thérapeutique.

 

Stéphanie Aurin, Marion Laredo, Blandine Accursi, Camille Mourgues.

Les accompagnements : Du lieu de vie au lieu de soin…

Le C.G.I. peut proposer aux parents d’assurer les accompagnements de leur enfant en cas d’impossibilité, en raison de leur situation professionnelle, d’une grande précarité sociale et financière ou sur demande des parents. Les accompagnements se font entre le lieu de vie (école, domicile, centre de loisirs…) et le C.G.I. La décision d’accompagnement se prend en réunion de synthèse en fonction de l’intérêt de celui-ci dans le projet de l’enfant. Dans certains cas, il peut permettre de garantir la régularité et la qualité du soin. Avant sa mise en place, il est impératif que l’enfant et ses parents rencontrent l’accompagnatrice afin de créer une relation sécurisante et apaisante pour l’enfant et une mise en confiance pour les parents.

Il ne s’agit pas simplement de transporter un enfant, les accompagnements sont pensés et organisés à l’avance. Ainsi chaque accompagnement est adapté à l’enfant en fonction de sa personnalité et de ses habitudes, par souci de bienveillance.

Lorsque l’on vient chercher un enfant dans son lieu de vie, nous nous assurons de préserver le rythme de l’enfant, sans précipitation. La voiture est un lieu d’échange important dû au fait de l’absence de face à face du regard. La parole se libère facilement et l’accompagnatrice peut alors faire un travail de lien avec l’équipe. La répétition de ces accompagnements crée une relation de confiance entre l’enfant et l’accompagnatrice.

Le but n’est pas d’enchaîner les accompagnements mais de faire en sorte d’apporter un temps privilégié et singulier à chaque enfant. L’enfant est accompagné jusqu’à ce qu’un relais se fasse avec un adulte désigné.

Pour conclure, les accompagnatrices font partie intégrante de l’équipe pluridisciplinaire car elles transmettent leurs observations et des informations de l’extérieur. Elles sont présentes auprès des enfants dans un souci de sécurité, d’écoute et d’attention à leurs besoins.

Sylvia BILLIERE, Marie DELLUC, Cynthia LEBON et Aurélie PUYHARDY.

Centre de Guidance Infantile, bonjour …

Tous les professionnels du CGI sont engagés dans le « prendre soin » de l’enfant et de sa famille, et ce dès l’accueil. Les secrétaires sont les premières interlocutrices dans la démarche vers le soin.

Elles sont disponibles et accueillent sur une large amplitude horaire. Elles font preuve d’une écoute attentive à l’égard des demandes qui leurs sont formulées et veillent au bien-être des enfants dans l’attente de leur prise en charge. Cela requiert une organisation souple, pour autant cette flexibilité ne les empêche pas de poser un cadre et de le faire respecter.

Elles échangent et travaillent en lien avec les différents intervenants de la Guidance mais aussi avec les partenaires extérieurs tout en respectant les règles de confidentialité. Elles transmettent les informations et leurs observations à l’équipe, notamment sur ce qui se déroule en salle d’attente.

En parallèle à leur fonction d’accueil, elles sont chargées de réaliser toutes les tâches administratives et comptables liées à l’activité du service.

Elles peuvent aussi être un repère pour les salariés de la Guidance ; de la simple photocopie, en passant par le petit problème informatique jusqu’aux nombreuses questions techniques concernant l’énigme d’Octime, l’évaporation d’un rapport de prolongation dans les arcanes de l’ordinateur, le maniement des SMS… Comme les accompagnatrices, elles sont multitâches, elles peuvent porter la casquette de « régulateur du stationnement » ou bien celle de « SOS dépannage », elles se rendent toujours disponibles.

Pour conclure, le secrétariat est au centre du CGI, il est le lieu d’échanges et de rencontres entre les divers professionnels, les familles et les enfants.

Françoise PERRY et Mikaëla Henry.

Éducateur au CGI

L’équipe pluridisciplinaire du Centre de Guidance Infantile compte actuellement trois éducateurs spécialisés (1,75 ETP), ce qui n’est pas toujours le cas dans les Centres Médico-Psycho-Pédagogiques. Ils exercent principalement trois types d’intervention : les liens avec les partenaires et les parents, les entretiens individuels, la coanimation de groupes thérapeutiques.

Une réunion à l’école pour Saturnin.

Saturnin est suivi au centre de Guidance en thérapie et en orthophonie depuis 2 ans.

Jeudi 17 janvier, 12 h 29 mn, vélo électrique attaché, l’éducateur entre dans la classe de CE2 de Saturnin.
Autour de la table 5 personnes déjà présentes :
– La mère de Saturnin,
– La Directrice,
– L’enseignante,
– L’enseignant référent (du suivi MDPH),
– L’AVS,
– Saturnin (présent en fin de réunion).

L’enseignant référent
– Ça fait longtemps que nous attendions cette réunion. Nous avons eu du mal à trouver une date qui convienne à tous mais nous y sommes enfin arrivés !
La mère de Saturnin
– Oui j’ai dû poser une journée de congés, mon employeur n’a pas voulu me libérer.
L’éducateur
– Pas facile oui et puis cette réunion inquiétait un peu les parents, nous avons pris le temps de la préparer avec eux et de voir l’intérêt qu’elle pouvait avoir pour Saturnin.
L’enseignante à l’éducateur
– Pourquoi c’est vous qui êtes là et pas la psychologue et l’orthophoniste qui suivent l’enfant ?
L’éducateur à l’enseignante
– Ce n’est pas moi qui le rencontre toutes les semaines, en effet, je représente le Centre de Guidance. C’est un choix de notre part qui permet notamment de protéger l’espace de soin de l’enfant. Le thérapeute de l’enfant ne peut pas être à toutes les places. Cette fonction particulière nous donne une position de tiers auprès de l’enfant, de ses parents et des partenaires qui peut avoir un intérêt.
L’AVS à l’éducateur
– Vous ne connaissez donc pas vraiment cet enfant ?
L’éducateur
– Il y a connaître et connaître. Cette réunion a été préparée avec les autres membres de l’équipe, la psychologue et l’orthophoniste de Saturnin étaient présentes. Ces échanges nous permettent de dégager ce qui nous semble important de vous transmettre du point de vue thérapeutique, en espérant que cela contribue à une meilleure compréhension de la problématique de l’enfant. Pour revenir à Saturnin, je suis sa situation depuis deux ans.
Enseignante
– Hé bien, justement je m’interroge sur le petit sourire en coin de Saturnin à chaque fois que je le reprends sur son travail ou son comportement. On dirait qu’il cherche à me provoquer.
Éducateur
– Ce « petit sourire » dont vous parlez nous en avons parlé avec sa psychologue. Entre ce qu’il montre et ….

(Toute ressemblance avec des personnes ou des faits réels ne serait que pure et fortuite coïncidence)

Différentes réunions (équipe éducative, Equipe de Suivi de Scolarisation) sont mises en place dans les établissements scolaires pour une partie importante des enfants suivis au CGI. Notre participation à ces réunions s’inscrit dans une orientation institutionnelle spécifique. L’importance de l’environnement scolaire dans le développement de l’enfant justifie ce choix, ces réunions sont un espace de travail, réflexion commune et de décision. Cette mission de lien et de représentation du service est généralement confiée aux éducateurs spécialisés. L’initiative de ces rencontres formelles peut venir de chacune des parties concernées : l’établissement scolaire, l’enseignant référent MDPH, les parents ou le CGI. L’accord et la présence des parents dans ces réunions est le préalable à notre participation. Dans le respect du secret médical, le professionnel présent devient l’intervenant de référence dans les liens avec l’établissement scolaire. Il recueille et restitue, avant et après chaque réunion, les informations utiles auprès des professionnels du CGI engagés dans le suivi de l’enfant.

La présence et la participation du professionnel du CGI à ces réunions scolaires, par sa fonction de tiers, vise à favoriser le travail d’écoute et de dialogue entre les différentes parties, à mieux prendre en compte les difficultés d’adaptation de l’enfant dans son environnement scolaire et à faire valoir le positionnement du CGI. Ces éléments viennent nourrir la réflexion autour du projet de soin de l’enfant.

Soutenir des demandes de dispositifs ou d’orientations adaptés aux besoins de l’enfant (PAP, ULIS, AESH-AVS, IME, DITEP…) peut faire partie de ce travail. De nombreux enfants suivis relèvent de la MDPH. La constitution des dossiers de première demande, leur renouvellement et le suivi des différentes échéances liées à ces situations impliquent une importante mobilisation de l’éducateur, « référent scolaire », et de tous les autres professionnels du service. Pour un nombre important d’enfants suivis, cette place donne à l’éducateur un rôle de coordination dans le service et de lien auprès des parents.

« L’accompagnement éducatif »

L’accompagnement éducatif est un entretien individuel hebdomadaire avec un éducateur proposé aux enfants et adolescents. Cette indication est proposée dans le cadre du projet de soin au même titre qu’une prise en charge en psychothérapie, en psychomotricité, en orthophonie ou en groupe thérapeutique. La dénomination « accompagnement éducatif » est parfois mal comprise. Le travail de l’éducateur au CGI se différencie d’un accompagnement social ou éducatif au sens où l’on peut l’entendre dans d’autres structures à vocation sociale.

Dans cet espace, l’éducateur travaille à partir de la clinique, il prend en compte les besoins de l’enfant, s’occupe d’un Sujet dans sa singularité. Il propose un « prendre-soin » pour permettre une inscription ou une réinscription dans le lien social.
L’éducateur favorise l’expression et la compréhension des difficultés relationnelles rencontrées par l’enfant ou l’adolescent dans son quotidien. Il est un appui qui leur permet de produire, de laisser une trace, de soutenir leurs capacités créatrices par un aménagement et une personnalisation du dispositif et de la relation. Ce travail vise à renforcer l’image et l’estime de soi et permet un meilleur épanouissement personnel et une meilleure adaptation sociale. Différentes médiations tels que les jeux, le bricolage, les livres… sont utilisées.

Les temps de réunion clinique et la supervision individuelle permettent à l’éducateur de réfléchir à son positionnement et à ce qui se joue dans la relation entre lui et l’enfant.
Pour certains enfants suivis en accompagnement éducatif et en psychothérapie notamment, l’éducateur et la psychologue interagissent en duo thérapeutique, contribuant ainsi à un dispositif structurant bien repéré par l’enfant.

L’éducateur cothérapeute, le groupe conte

Comme les autres professionnels du CGI, les éducateurs coaniment plusieurs groupes à visée thérapeutiques : le groupe éveil, l’atelier créativité, l’atelier d’écriture, le groupe petit à petit et le groupe conte.

Tom se réveille, par périodes, toutes les nuits en pleurant. Parfois ce sont ses cris qui réveillent sa maman inquiète.
Tom ne peut rien dire de ses cauchemars, il ne s’en souvient plus le matin, il ne sait rien de ce qui l’agite et lui fait si peur la nuit.
L’éducateur propose en synthèse d’accueillir Tom sur le groupe conte sur lequel il intervient comme cothérapeute avec une psychologue.

Le conte, proposé comme médiateur, permet d’accéder à la vie psychique de l’enfant, à ce savoir insu qui le dérange, le fait souffrir et l’empêche de grandir sereinement, d’accéder à un positionnement plus autonome.
Le groupe est un espace très structuré, animé par un psychologue et un éducateur. Il se déroule en plusieurs temps matérialisés par plusieurs espaces. Le premier temps, dans le petit salon, est celui où nous nous retrouvons et où les thérapeutes content. Après avoir entendu le conte, nous nous dirigeons vers une salle plus grande, aménagée par les intervenants où nous proposons aux enfants de dessiner ou de jouer une partie ou le conte dans son ensemble. Des petits rituels d’arrivée et de départ sont mis en place par les thérapeutes et permettent à chacun de s’inscrire dans le groupe et dans le temps.
La petite formule de départ énoncée par le conteur « cette histoire s’est passée il y a fort longtemps dans un pays très lointain… » place le conte hors du temps et de l’espace réels. Cela autorise l’enfant à se projeter et à s’identifier aux personnages sans danger. Par ailleurs, les contes puisent dans la richesse des récits collectifs permettant d’explorer de nombreux thèmes.
Le cadre contenant et chaleureux conjugué à la possibilité d’être et de faire à plusieurs permettent à l’enfant d’approcher ce qui fait peur ou inquiète. Il peut avoir accès à ce qui est refoulé ou, non encore élaboré tout en prenant du plaisir. Il peut s’autoriser à jouer, faire semblant avec ses pairs dans un cadre sécurisant avec pour appui l’éducateur qui, aux côtés de l’enfant, devient « souffleur » ou modèle identificatoire lorsqu’il joue un personnage.
L’enfant ne reste plus seul avec ses peurs et ses interrogations.
Dans « Jack et le haricot magique », le héros Jack vit avec sa mère. Bien que très vaillants, ils sont pauvres. Ils doivent se résoudre à vendre leur vache au marché. Un vieux Monsieur propose à Jack d’échanger sa vache contre un haricot magique. C’est ce haricot qui en grandissant va conduire Jack au château de l’ogre et de l’ogresse où Jack va trouver des richesses permettant à sa famille d’être à l’abri du besoin. Après plusieurs séances, un enfant a pu faire l’expérience de « la grosse voix » qui lui faisait si peur puis l’incarner lui-même en décidant de jouer l’ogre.
Tom a pu, en s’identifiant au héros, passer d’une position de tout petit à une position plus autonome nécessitant de s’éloigner du cocon familial, d’affronter l’inconnu, le monde extérieur, de trouver des solutions pour franchir des étapes. Le conte lui a également permis de s’autoriser à accéder à la dimension de désir et de plaisir puisque, à la fin du conte, alors que Jack et sa famille sont à l’abri du besoin, Jack qui s’ennuie décide de retourner dans le château de l’ogre pour dérober une harpe qui joue de la musique.

Dans le conte de « Babayaga », il est question d’une bonne mère et d’une mauvaise mère, la tante de l’enfant, qui est en fait une ogresse dévoreuse d’enfants. Dans ce conte les substituts parentaux permettent à l’enfant d’explorer sa vie psychique, ses projections et ses fantasmes.
Un enfant a fait un travail soutenu pendant le temps dessin sur la question de la représentation du corps de la mère et de la figure féminine. Un autre a pu explorer ce qui, chez une mère, pouvait inquiéter. Avec « Babayaga », Tom, lui, s’est autorisé « pour de faux » à penser à une mère qui ne serait pas toujours là pour le protéger.
Ce sont parfois les enfants qui nous réclament vivement un conte, « le Petit Poucet » par exemple. Les intervenants s’interrogent alors sur le choix de ce conte au regard des problématiques des enfants. Dans le conte du « Petit Poucet », il est question d’un couple parental qui abandonne ses enfants qui vont alors devoir courageusement se débrouiller sans eux. L’enfant qui réclamait vivement ce conte a pu, dans le cadre sécurisant du groupe, explorer et élaborer une angoisse d’abandon qui lui causait dans la vie de tous les jours bien des soucis. Il a expérimenté imaginairement cette problématique de l’abandon tout en étant rassuré par la présence du couple de thérapeutes.
Il est intéressant que certains enfants soient confrontés à deux thérapeutes n’ayant pas la même fonction mais le même discours dans l’intérêt de l’enfant.
Les enfants sont d’ailleurs sensibles à la place de chacun, à nos différences mais également au fait que, en dehors du groupe, nous échangeons, notamment pendant le post groupe où nous croisons nos observations et où nous affinons ainsi la question de chacun.
Ainsi une histoire se construit permettant à chacun de revisiter ses peurs, ses angoisses archaïques, ses empêchements dans un contexte plus léger et plus joyeux.
Parfois, dans le salon feutré où l’on conte, Tom parvient à se remémorer et à raconter ses cauchemars…

 

Nathalie Gilly, Sylvie Rapin, Emmanuel Péré, Gilles Muchiut.