Éducateur au CGI

L’équipe pluridisciplinaire du Centre de Guidance Infantile compte actuellement trois éducateurs spécialisés (1,75 ETP), ce qui n’est pas toujours le cas dans les Centres Médico-Psycho-Pédagogiques. Ils exercent principalement trois types d’intervention : les liens avec les partenaires et les parents, les entretiens individuels, la coanimation de groupes thérapeutiques.

Une réunion à l’école pour Saturnin.

Saturnin est suivi au centre de Guidance en thérapie et en orthophonie depuis 2 ans.

Jeudi 17 janvier, 12 h 29 mn, vélo électrique attaché, l’éducateur entre dans la classe de CE2 de Saturnin.
Autour de la table 5 personnes déjà présentes :
– La mère de Saturnin,
– La Directrice,
– L’enseignante,
– L’enseignant référent (du suivi MDPH),
– L’AVS,
– Saturnin (présent en fin de réunion).

L’enseignant référent
– Ça fait longtemps que nous attendions cette réunion. Nous avons eu du mal à trouver une date qui convienne à tous mais nous y sommes enfin arrivés !
La mère de Saturnin
– Oui j’ai dû poser une journée de congés, mon employeur n’a pas voulu me libérer.
L’éducateur
– Pas facile oui et puis cette réunion inquiétait un peu les parents, nous avons pris le temps de la préparer avec eux et de voir l’intérêt qu’elle pouvait avoir pour Saturnin.
L’enseignante à l’éducateur
– Pourquoi c’est vous qui êtes là et pas la psychologue et l’orthophoniste qui suivent l’enfant ?
L’éducateur à l’enseignante
– Ce n’est pas moi qui le rencontre toutes les semaines, en effet, je représente le Centre de Guidance. C’est un choix de notre part qui permet notamment de protéger l’espace de soin de l’enfant. Le thérapeute de l’enfant ne peut pas être à toutes les places. Cette fonction particulière nous donne une position de tiers auprès de l’enfant, de ses parents et des partenaires qui peut avoir un intérêt.
L’AVS à l’éducateur
– Vous ne connaissez donc pas vraiment cet enfant ?
L’éducateur
– Il y a connaître et connaître. Cette réunion a été préparée avec les autres membres de l’équipe, la psychologue et l’orthophoniste de Saturnin étaient présentes. Ces échanges nous permettent de dégager ce qui nous semble important de vous transmettre du point de vue thérapeutique, en espérant que cela contribue à une meilleure compréhension de la problématique de l’enfant. Pour revenir à Saturnin, je suis sa situation depuis deux ans.
Enseignante
– Hé bien, justement je m’interroge sur le petit sourire en coin de Saturnin à chaque fois que je le reprends sur son travail ou son comportement. On dirait qu’il cherche à me provoquer.
Éducateur
– Ce « petit sourire » dont vous parlez nous en avons parlé avec sa psychologue. Entre ce qu’il montre et ….

(Toute ressemblance avec des personnes ou des faits réels ne serait que pure et fortuite coïncidence)

Différentes réunions (équipe éducative, Equipe de Suivi de Scolarisation) sont mises en place dans les établissements scolaires pour une partie importante des enfants suivis au CGI. Notre participation à ces réunions s’inscrit dans une orientation institutionnelle spécifique. L’importance de l’environnement scolaire dans le développement de l’enfant justifie ce choix, ces réunions sont un espace de travail, réflexion commune et de décision. Cette mission de lien et de représentation du service est généralement confiée aux éducateurs spécialisés. L’initiative de ces rencontres formelles peut venir de chacune des parties concernées : l’établissement scolaire, l’enseignant référent MDPH, les parents ou le CGI. L’accord et la présence des parents dans ces réunions est le préalable à notre participation. Dans le respect du secret médical, le professionnel présent devient l’intervenant de référence dans les liens avec l’établissement scolaire. Il recueille et restitue, avant et après chaque réunion, les informations utiles auprès des professionnels du CGI engagés dans le suivi de l’enfant.

La présence et la participation du professionnel du CGI à ces réunions scolaires, par sa fonction de tiers, vise à favoriser le travail d’écoute et de dialogue entre les différentes parties, à mieux prendre en compte les difficultés d’adaptation de l’enfant dans son environnement scolaire et à faire valoir le positionnement du CGI. Ces éléments viennent nourrir la réflexion autour du projet de soin de l’enfant.

Soutenir des demandes de dispositifs ou d’orientations adaptés aux besoins de l’enfant (PAP, ULIS, AESH-AVS, IME, DITEP…) peut faire partie de ce travail. De nombreux enfants suivis relèvent de la MDPH. La constitution des dossiers de première demande, leur renouvellement et le suivi des différentes échéances liées à ces situations impliquent une importante mobilisation de l’éducateur, « référent scolaire », et de tous les autres professionnels du service. Pour un nombre important d’enfants suivis, cette place donne à l’éducateur un rôle de coordination dans le service et de lien auprès des parents.

« L’accompagnement éducatif »

L’accompagnement éducatif est un entretien individuel hebdomadaire avec un éducateur proposé aux enfants et adolescents. Cette indication est proposée dans le cadre du projet de soin au même titre qu’une prise en charge en psychothérapie, en psychomotricité, en orthophonie ou en groupe thérapeutique. La dénomination « accompagnement éducatif » est parfois mal comprise. Le travail de l’éducateur au CGI se différencie d’un accompagnement social ou éducatif au sens où l’on peut l’entendre dans d’autres structures à vocation sociale.

Dans cet espace, l’éducateur travaille à partir de la clinique, il prend en compte les besoins de l’enfant, s’occupe d’un Sujet dans sa singularité. Il propose un « prendre-soin » pour permettre une inscription ou une réinscription dans le lien social.
L’éducateur favorise l’expression et la compréhension des difficultés relationnelles rencontrées par l’enfant ou l’adolescent dans son quotidien. Il est un appui qui leur permet de produire, de laisser une trace, de soutenir leurs capacités créatrices par un aménagement et une personnalisation du dispositif et de la relation. Ce travail vise à renforcer l’image et l’estime de soi et permet un meilleur épanouissement personnel et une meilleure adaptation sociale. Différentes médiations tels que les jeux, le bricolage, les livres… sont utilisées.

Les temps de réunion clinique et la supervision individuelle permettent à l’éducateur de réfléchir à son positionnement et à ce qui se joue dans la relation entre lui et l’enfant.
Pour certains enfants suivis en accompagnement éducatif et en psychothérapie notamment, l’éducateur et la psychologue interagissent en duo thérapeutique, contribuant ainsi à un dispositif structurant bien repéré par l’enfant.

L’éducateur cothérapeute, le groupe conte

Comme les autres professionnels du CGI, les éducateurs coaniment plusieurs groupes à visée thérapeutiques : le groupe éveil, l’atelier créativité, l’atelier d’écriture, le groupe petit à petit et le groupe conte.

Tom se réveille, par périodes, toutes les nuits en pleurant. Parfois ce sont ses cris qui réveillent sa maman inquiète.
Tom ne peut rien dire de ses cauchemars, il ne s’en souvient plus le matin, il ne sait rien de ce qui l’agite et lui fait si peur la nuit.
L’éducateur propose en synthèse d’accueillir Tom sur le groupe conte sur lequel il intervient comme cothérapeute avec une psychologue.

Le conte, proposé comme médiateur, permet d’accéder à la vie psychique de l’enfant, à ce savoir insu qui le dérange, le fait souffrir et l’empêche de grandir sereinement, d’accéder à un positionnement plus autonome.
Le groupe est un espace très structuré, animé par un psychologue et un éducateur. Il se déroule en plusieurs temps matérialisés par plusieurs espaces. Le premier temps, dans le petit salon, est celui où nous nous retrouvons et où les thérapeutes content. Après avoir entendu le conte, nous nous dirigeons vers une salle plus grande, aménagée par les intervenants où nous proposons aux enfants de dessiner ou de jouer une partie ou le conte dans son ensemble. Des petits rituels d’arrivée et de départ sont mis en place par les thérapeutes et permettent à chacun de s’inscrire dans le groupe et dans le temps.
La petite formule de départ énoncée par le conteur « cette histoire s’est passée il y a fort longtemps dans un pays très lointain… » place le conte hors du temps et de l’espace réels. Cela autorise l’enfant à se projeter et à s’identifier aux personnages sans danger. Par ailleurs, les contes puisent dans la richesse des récits collectifs permettant d’explorer de nombreux thèmes.
Le cadre contenant et chaleureux conjugué à la possibilité d’être et de faire à plusieurs permettent à l’enfant d’approcher ce qui fait peur ou inquiète. Il peut avoir accès à ce qui est refoulé ou, non encore élaboré tout en prenant du plaisir. Il peut s’autoriser à jouer, faire semblant avec ses pairs dans un cadre sécurisant avec pour appui l’éducateur qui, aux côtés de l’enfant, devient « souffleur » ou modèle identificatoire lorsqu’il joue un personnage.
L’enfant ne reste plus seul avec ses peurs et ses interrogations.
Dans « Jack et le haricot magique », le héros Jack vit avec sa mère. Bien que très vaillants, ils sont pauvres. Ils doivent se résoudre à vendre leur vache au marché. Un vieux Monsieur propose à Jack d’échanger sa vache contre un haricot magique. C’est ce haricot qui en grandissant va conduire Jack au château de l’ogre et de l’ogresse où Jack va trouver des richesses permettant à sa famille d’être à l’abri du besoin. Après plusieurs séances, un enfant a pu faire l’expérience de « la grosse voix » qui lui faisait si peur puis l’incarner lui-même en décidant de jouer l’ogre.
Tom a pu, en s’identifiant au héros, passer d’une position de tout petit à une position plus autonome nécessitant de s’éloigner du cocon familial, d’affronter l’inconnu, le monde extérieur, de trouver des solutions pour franchir des étapes. Le conte lui a également permis de s’autoriser à accéder à la dimension de désir et de plaisir puisque, à la fin du conte, alors que Jack et sa famille sont à l’abri du besoin, Jack qui s’ennuie décide de retourner dans le château de l’ogre pour dérober une harpe qui joue de la musique.

Dans le conte de « Babayaga », il est question d’une bonne mère et d’une mauvaise mère, la tante de l’enfant, qui est en fait une ogresse dévoreuse d’enfants. Dans ce conte les substituts parentaux permettent à l’enfant d’explorer sa vie psychique, ses projections et ses fantasmes.
Un enfant a fait un travail soutenu pendant le temps dessin sur la question de la représentation du corps de la mère et de la figure féminine. Un autre a pu explorer ce qui, chez une mère, pouvait inquiéter. Avec « Babayaga », Tom, lui, s’est autorisé « pour de faux » à penser à une mère qui ne serait pas toujours là pour le protéger.
Ce sont parfois les enfants qui nous réclament vivement un conte, « le Petit Poucet » par exemple. Les intervenants s’interrogent alors sur le choix de ce conte au regard des problématiques des enfants. Dans le conte du « Petit Poucet », il est question d’un couple parental qui abandonne ses enfants qui vont alors devoir courageusement se débrouiller sans eux. L’enfant qui réclamait vivement ce conte a pu, dans le cadre sécurisant du groupe, explorer et élaborer une angoisse d’abandon qui lui causait dans la vie de tous les jours bien des soucis. Il a expérimenté imaginairement cette problématique de l’abandon tout en étant rassuré par la présence du couple de thérapeutes.
Il est intéressant que certains enfants soient confrontés à deux thérapeutes n’ayant pas la même fonction mais le même discours dans l’intérêt de l’enfant.
Les enfants sont d’ailleurs sensibles à la place de chacun, à nos différences mais également au fait que, en dehors du groupe, nous échangeons, notamment pendant le post groupe où nous croisons nos observations et où nous affinons ainsi la question de chacun.
Ainsi une histoire se construit permettant à chacun de revisiter ses peurs, ses angoisses archaïques, ses empêchements dans un contexte plus léger et plus joyeux.
Parfois, dans le salon feutré où l’on conte, Tom parvient à se remémorer et à raconter ses cauchemars…

 

Nathalie Gilly, Sylvie Rapin, Emmanuel Péré, Gilles Muchiut.