Des mots, des pensées…


Quotidiennement, à l’UPAES, on écrit. Des notes, des rapports, des mails pour laisser une trace, souvent pour poser des mots sur des maux. Mais aussi pour expliquer, dire ceux que l’on accompagne. Une multitude de mots à bien manier, mais il en est un qui revient sans cesse. Ne l’ai-je pas déjà moi-même écrit au moins 100000 fois pour parler d’ici, de ce qu’on fait et pourquoi on le fait ainsi.

Un mot, une amorce pour cet écrit que je vous livre.
FAMILLE, sans la lettre « aiMe », c’est la faille, parfois même une faillite, comme un symptôme ou plutôt une maladie aiguë en -ite, une maladie de l’amour alors !
Cela s’enflamme, ça pique, ça tiraille, ça gratte, ça démange, ça fait MAL… c’est à guérir. Guérir de quoi ? de ses liens, de ses attaches, des liens d’aiMer, d’être attaché, des liens d’être rejeté, malaiMé, malmené, trop aiMé même…

Voilà toute la question en placement familial et à l’UPAES, cette question sans cesse maniée, remaniée, malmenée, retournée …. Eh oui et l’amour dans tout ça ?
Des liens d’attachements, présents, passés et futurs, il y en a et il y en aura. Comment ceux-ci se sont-il faits, liés ou déliés jusqu’au placement pour une séparation nécessaire, pour ne pas se perdre définitivement. Et pour quel sentiment de sécurité ? Ah ! et notre théorie de l’attachement, notre référence… les enfants au service n’en ont que faire eux… Sécure, insécure, évitant, ambivalent et dans le pire des cas désorganisé !!! Les enfants s’en fichent bien.
Certains veulent se délier, coûte que coûte, nier même jusqu’à leur filiation pour se désaffilier d’une famille par lucidité et puis d’autres veulent s’y rattacher à tout prix et même à n’importe quel prix. Y’a pas de prix à un lien, mais l’enfant y met une valeur, la sienne avec dignité et c’est à respecter.
« Qu’est-ce que je vaux ? » moi le sans famille ou le délaissé…

Et pour cet autre empreint de lucidité, dans notre réalité, « qu’est-ce que ma famille vaut ? » « Qu’en dit la juge, la société ? » « Qu’est-ce qui pèse sur mes parents et sur moi enfant placé ? » et pourquoi ce poids du stigmate sur moi enfant placé, déplacé et parfois affiché, étiqueté !
Et ma famille d’accueil là-dedans ! M’aiMe-t-elle vraiment et jusqu’où ? supportera-t-elle tout ? Certains pensent qu’elle ne fait cela que pour l’argent et moi là-dedans, je compte pour qui, je compte pour quoi ? Restez professionnelle ! Soyez vous-même ! Assistante familiale ce n’est vraiment pas un métier comme les autres !
Quoi ? mon éducatrice me dit que cela n’a pas de prix, ces liens n’ont pas de prix ! Oui, pris en charge, cela a pourtant un coût.
Mais quels coups, ces questionnements percutent, et ces questions sont toutes pourtant aux prises, au cœur d’enjeux, oui, de coûts, de budget, des enjeux d’organisation et de place mais quelle place pour l’amour dans tout ça, dans ce système de la protection de l’enfance car avec ces coûts, ces contre-coups, c’est un lien qui se découd, un autre qui se dénoue, au gré des évènements, des espoirs, de désespoir. J’y tiens, j’y compte, je veux une réponse ! On me le doit bien !

Et bien nos valeurs à nous, à l’UPAES, n’est-ce pas de tous vous accueillir, sans condition. Cela on ne peut pas le remettre en question. Non, les enfants n’ont-ils pas tous les mêmes droits ?
C’est la CIDE Convention Internationale des Droits de l’Enfant qui le dit, article 7 : l’enfant a droit d’avoir un nom, une nationalité et dans la mesure du possible de connaître ses parents et d’être élevé par eux.
A l’UPAES, l’enfant arrive car il a été séparé de ses parents car une autorité compétente l’a décidé et ceci dans son intérêt supérieur (article 9 de la CIDE). A l’UPAES, l’enfant a droit à une autre famille, un autre « aiMe », le voilà avec une paire de familles, deux familles pour le prix d’une, quelle belle promotion, un lot avantageux ? non !  
Car il y a de quoi s’y perdre, dans cet entre-deux, entre ces deux mères, ces deux rives, à la possible dérive…

 L’enfant n’est pas seul à bord, son référent est là, à essayer de barrer ce dans quoi il s’est embarqué, au gré des marées pour tenir le cap pour protéger, aider, accompagner, entre ces deux mers, pour le tenir éloigné des récifs escarpés, dangereux, au risque de …. Mais jamais il ne lâche la barre, à aucun prix il ne perd de vue sa boussole, sans quoi c’est la perdition voire une plongée vers une faille océanique.

Si on se perd, sans repères, à quels pairs se vouer ? A ceux de l’équipage bien sûr, pour être sûr, rassuré, assuré malgré le roulis. Se tenir à l’équilibre entre ces deux rives, pour passer le gué, ou le cap en fonction de la ligne d’horizon, du lien à privilégier, à rattacher. Jusqu’au bout, sans condition, sans qu’on dise non. Chacun, parent, référent, assistant et enfant ont une place à l’UPAES mais toujours dignement avec à cœur une même valeur. Voilà ce qui compte vraiment à l’UPAES.


Laurence PLANES Educatrice
-en formation Sophrologie-