CADA: Premier jour de guerre « Les dossiers partent en vacances »

Mardi 17 mars 2020, 11h45, CADA de Bon Encontre.

Le couperet est tombé. Ce sera le télétravail. Un éducateur spécialisé en télétravail, idée saugrenue mais bon, pourquoi pas, ne sommes-nous pas en guerre ? Merci Monsieur Didier de nous ouvrir à de nouveaux horizons.

Toute l'équipe (du moins ce qu'il en reste, c'est à dire les cadres et les célibataires sans enfant) se met à l'ouvrage afin d'assurer à nos résidents le minimum vital : les colis alimentaires des restaurants du cœur sont distribués aux familles concernées (avec masques et gants SVP), l' « Attestation de déplacement dérogatoire » est délivrée en 5 exemplaires à chaque adulte (avec explications adaptées aux différentes langues pratiquées au CADA – ou par mimes pour les plus aguerris d'entre nous) et les dernières consignes sont transmises. Le CADA ferme ses portes au public. Une première depuis Jésus, premier travailleur social de l'histoire.

Pensons à nous.

Donc du télétravail...OK je vais assurer mon tour dans la permanence téléphonique, ça je sais faire. Mais j'emporte quoi comme matériel de travail ? Pour moi aussi c'est le premier jour de guerre. Par sécurité, je prends tout (ben quoi ? chez moi, j'ai pas le partage) : les dossiers des gens (en l'écrivant, j'ai un doute : ai-je le droit de le faire ???), mon tableau statistique, le listing téléphonique des familles, des collègues et des partenaires, mon agenda, le téléphone du service (pour le travail bien entendu), mon masque, mon gel hydro-alcoolique et...ma gomme. Pour quelqu'un qui n'apporte jamais de travail à la maison, je dépasse toutes mes espérances : « attestation de déplacement dérogatoire » signée par le boss (case une) en poche, j’emmène mes dossiers en vacances.

13h45, Moissac, « Terre d'accueil et havre de paix ».

Arrivée à la maison. Tout le monde descend. Après un petit temps d'adaptation, chacun a trouvé sa place. Les dossiers sont rangés, la gomme est radieuse et le téléphone du service trône majestueusement dans le salon. Je suis prêt et tant pis pour le principe de séparation travail/maison. En même temps, je ne peux rien dire, c'est leurs vacances et c'est mérité. Je décide donc de les laisser profiter tranquillement de cet instant de grâce pour me reposer 5 minutes dans mon fauteuil préféré.

14h50, Le fauteuil.

Cinq minutes de repos et pas plus parce que, pour ce qui me concerne, télétravail oblige, pas question de me laisser aller. Et que font les travailleurs sociaux lorsqu'ils s'ennuient ? Et bien, ils réfléchissent. C'est comme ça que j'ai fini par me dire que oui, à bien y regarder, des vacances à Moissac pour des dossiers de migrants, c'était pas terrible !