Focus sur la mission d'accompagnement à la sante au CADA de Nérac

Contexte de départ

L'ouverture du CADA à NERAC s'est faite peu avant la matérialisation de la fusion des hôpitaux AGEN/NERAC, afin d'éviter la fermeture de l'hôpital de Nérac. Il faut également noter que la maison de santé, aujourd'hui en fonctionnement venait de sortir de terre et allait ouvrir ses portes peu après notre arrivée. Idem pour le laboratoire d'analyses médicales flambant neuf (que nous avons eu du mal à trouver au tout début car aucune de ces adresses nouvelles ne figuraient sur internet ou Google Mapp...) tout autour de ces structures, des cabinets indépendants médicaux ou paramédicaux se sont installés dans des locaux modernes et harmonieux.

C'est dans ce contexte que nous avons commencé à élaborer notre partenariat avec le corps médical et tous les intervenants de la santé du territoire (pour la petite histoire les locaux dans lesquels s'est installée notre équipe étaient ceux d'un médecin généraliste venant de migrer près de la maison de santé...).

Nous n'allons pas exposer aujourd'hui l'accompagnement spécifique auprès des demandeurs d'asile que nous accueillons. Nous évoquerons juste qu'en plus de trois ans d'activité, nous constatons une aggravation de l'état de santé de nos résidents, à savoir, hypertension, diabète, problèmes thyroïdiens, tuberculose, et particulièrement état psychique nécessitant un accompagnement adapté pour n'en citer que quelques-uns.

Le stress et les angoisses se faisant jour peu après leur installation, débouchent régulièrement sur une demande de consultation liée à des douleurs diverses, récurrentes augmentant l'inquiétude déjà prégnante.

Le corollaire de ce constat est la nécessité d'y répondre rapidement afin de faire tomber ce stress et aboutit à un grand nombre de rendez-vous chez les médecins généralistes qui eux-mêmes démunis procèdent à des vérifications chez des spécialistes eux aussi débordés.

Et c'est cela que nous allons relater ici...

Quand l'augmentation de la demande de soins médicaux traduit la détresse des populations en transit et rencontre la pénurie grandissante de notre système de santé.

Au tout début de notre arrivée, il a fallu repérer les partenaires (médecins, dentistes, infirmières, sage femmes, opticiens, pharmaciens....avec lesquels nous allions pouvoir travailler.

Le temps d'expliquer notre travail, ce qu'il impliquait de nouveau sur ce territoire, les pratiques se sont calées. Il a fallu tout de même admettre que pour accéder à TOUS les besoins de soins, les déplacements sur Agen, à l'hôpital, dans les cliniques, les cabinets privés spécialisés allaient être fréquents car l'offre de transport en commun était très réduite.

La charge de ces accompagnements devenait importante au fur et à mesure que notre capacité d'accueil augmentait et que les difficultés liées à la communication (la population accueillie est d'origine très diverse, ne parle pas toujours anglais...) grandissaient et peu à peu posaient problème au corps médical.

Nous sommes alors peu à peu rentrés dans une deuxième phase ou les quelques praticiens (ils étaient peu nombreux et il fallait gagner leur confiance) qui acceptaient ces nouveaux patients, se trouvaient de plus en plus débordés et ont commencé à restreindre (voir supprimer pour certains) la possibilité de rendez-vous.

Cette période difficile a duré presque une année pendant laquelle nous n'avons eu de cesse de maintenir le dialogue, comprenant les difficultés des intervenants et expliquant les nôtres.

Je dis "a duré"  car subitement en ce début d'année 2020, nous avons été contactés par la maison de santé (une infirmière qui est depuis peu la présidente de cette structure et qui a succédé à un médecin avec qui nous travaillons) afin de réfléchir ensemble sur ces problèmes, peut-être construire des outils communs facilitant le chacune de nos interventions.

Cette initiative, nous l'avons saluée car de nombreux partenaires de tous bords se sont réunis, nous en avons proposé de nouveaux, et nous espérons, ne pas nous arrêter là.

Quand les professionnels qui travaillent sous quelque forme que ce soit au service de l'humain arrivent à tisser des liens autour du travail de chacun dans le même but, améliorer son propre champ d'action, on peut espérer construire durablement des synergies, des outils, des complémentarités, une reconnaissance commune.

Dans le même temps s'organisent des concertations avec les PASS (permanences d'accueil de soins et de santé) avec les mêmes préoccupations.

l'ARS se préoccupe également du repérage systématique de grandes maladies (tuberculose) ainsi que de remettre l'accent sur l'accès aux bilans de santé avec la CPAM.

Malheureusement tout cela jaillit au moment où l'état décide reculer à trois mois l'affiliation de ce public à ce qui fut appelé la CMUc....désormais ACS et CSS....

Mais nous ne perdons pas courage, car ce qui se construit localement ancrera de nouvelles pratiques plus solidaires et plus respectueuses de nos missions et de ceux à qui elles s'adressent, même si nous sommes obligés d'envoyer encore plus loin des personnes souffrantes à des spécialistes des grandes villes (Bordeaux) car le Lot et Garonne est à saturation....

Une bonne nouvelle pour notre localité qui va faciliter l'autonomie des personnes dans l'accès à la santé, une ligne de bus régionale supplémentaire NERAC/AGEN....une baisse du coût des transports en commun et l'accès au tarif financé par les départements aux déplacements ferroviaires de notre région pour nos demandeurs d'asile !

Marie- Hélène Cransac