Travailler auprès des familles en AEMO

Comme beaucoup d’autres, mais avec ses particularités, la pratique en AEMO est une aventure,  un voyage riche de rencontres, d’histoires singulières, de possibles à accompagner.

Mais une de ses spécificités majeures reste à mes yeux l’action éducative dans ce qu’il est convenu d’appeler « le milieu naturel » de l’enfant, à savoir sa famille et son environnement direct, quotidien.

Cette modalité d’intervention représente la part la plus importante de notre temps de travail, le cœur de nos observations, de nos interactions avec l’enfant et ses proches.

Et ce n’est pas rien…Loin de la protection, du « confort » relatif du lieu institution,  l’exercice ne va pas forcement de soi.

Franchir la porte d’un appartement, d’une maison, c’est s’approcher de l’intime de l’enfant et de sa famille : intimité matérielle d’un quotidien souvent précaire, mais aussi intimité affective, relationnelle, voir psychique d’un vécu où la souffrance de l’enfant est bien souvent le reflet des blessures parentales.

Ce n’est pas évident de trouver sa place et de faire éclore celle de l’intervention éducative dans cet espace de l’autre, son « chez lui », souvent son seul véritable refuge.

Entre intrusion et relation d’aide, le fil est parfois ténu, presque invisible ; et notre présence ne saurait « opérer » par la seule existence du mandat judiciaire.

Ainsi dans un tel contexte, empreint qu’on le veuille ou non d’une certaine violence symbolique, c’est bien de lien qu’il s’agit, de rencontre, de confiance et de respect mutuel. Sans cela, il ne faut pas s’y tromper, aucune porte ne s’ouvrira réellement. Bien qu’à l’intérieur, nous resterons sur le seuil.

Frédéric DISSES